La Prochaine révolution

Nous pouvons constater, tout au long de l’histoire de l’humanité, qu’aucun changement social majeur, religieux, culturel, éducatif ou politique impactant fondamentalement nos vies, nos choix, notre morale, n’a jamais été fait autrement que sous la contrainte.

La plupart des humains vivent au jour le jour, sans se préoccuper des conséquences futures ou présentes tant qu’elles n’ont pas d’influences directes sur leur quotidien.

Si Martin Luther King n’avait pas mené le combat pour son peuple en imposant à son pays, par une longue bataille et un bras de fer impitoyable, l’égalité entre les Noirs et les Blancs, il existerait encore aux Etats-Unis des bus avec des rangées pour les uns et les autres. Il est certain que ce changement aurait mis bien plus longtemps à aboutir (si seulement il eût abouti). Aussi incroyable que cela puisse paraître, cela ne nous aurait absolument pas choqué. C’est un des principes de notre système judiciaire, où des cas jugés peuvent être utilisés comme exemple pour démontrer le bien-fondé de la requête; c’est le principe de jurisprudence, et cela impacte un ensemble de pays car une fois que les Etats-Unis se sont pliés à l’abolition des discriminations, celles-ci deviennent plus facilement contestables ailleurs.

Si de nombreuses femmes n’avaient pas sacrifié leur vie durant plusieurs siècles pour l’amélioration de leur condition, afin de se défaire du carcan patriarcal, si aucune d’entre elles n’avaient osé choquer en se coupant les cheveux à la garçonne ou autres provocations bousculant les mentalités, elles n’auraient toujours pas le droit de vote.

Sans le virulent mouvement d’anti-psychiatrie né en Grande-Bretagne dans les années soixante, la psychiatrie n’aurait pas connue l’évolution qui a suivi et les remises en cause que cela a suscité sur le bien-fondé des traitements et méthodes répressives infligées aux internés en asile psychiatrique.

Il est donc impossible de faire évoluer une société sans aller à contre-courant, sans contrarier les habitudes de la majorité, sans choquer, voire sans être perçu comme extrémiste pendant un temps, comme le furent les féministes par exemple et il n’est pas faux de dire qu’elles l’étaient mais aurait-il été possible de changer la donne sans adopter une attitude de révolutionnaire ?

Comme le disait le philosophe Allemand Benjamin Walter « A chaque époque il faut tenter d’arracher la tradition au conformisme qui veut s’emparer d’elle. »

 

La nature humaine est ainsi faite que le changement ne s’opère qu’au bord du gouffre, sur le dernier caillou de la falaise devant le précipice, le couteau sous la gorge, pour enfin céder et accepter de modifier des habitudes. Cette rigidité au changement, nous la payons en vies.

Les scientifiques constatent, les sociologues analysent, les psychologues expliquent les racines de ces comportements, les associations contestent, informent le public… et les politiques profitent de cette agitation pour gagner du temps et passer la main aux suivants.

Les mouvements véganes et antispécistes se multiplient, se renforcent et comptent de plus en plus de militants, la notion de souffrance animale et celle du droit des animaux dans nos sociétés occidentales sont au centre des débats.  Inutile d’être militant ni d’être soi-même végane pour s’opposer au principe de souffrance animale, le consensus est quasi-unanime.

Les grands groupes industriels suivent cette tendance générale et de plus en plus de produits ne sont plus testés sur les animaux. Des produits végétariens, des substituts carnés végétaux, sont proposés et commercialisés partout, des boutiques et des supermarchés bio qui proposent ces produits sans souffrance animale poussent comme des champignons.

Si l’idéologie végane est partisane de la conscience écologique, les mouvements écologiques quant à eux, ne donnent pas la priorité au respect de la vie animale, mais font le choix de la biodiversité (d’où la revendication du droit à la chasse par exemple). Les véganes privilégient le respect de la vie et la protection des animaux.

Mais finalement, tous ces efforts pour satisfaire les consommateurs, ces lois minimalistes pour calmer les associations, ne sont que des leurres pour apaiser les tensions et les mouvements qui dérangent. Le temps passe et la barbarie continue. On observe l’instauration de techniques dites moins cruelles (mais cruelles quand même…) pour abattre les animaux. Si le sujet n’était pas aussi grave, les idées innovantes pour alléger la mise à mort seraient presque comiques vu qu’elles sont tellement dérisoires.

Rien ne changera véritablement tant que les humains se seront pas confrontés dans leur chair, aux conséquences de leur égoïsme, de leur orgueil d’humain dominant.

Notre univers est un ensemble d’énergies les unes imbriquées aux autres, nous ne pouvons pas nous défaire de cet ensemble, malgré notre vanité, notre sentiment de supériorité à l’égard des autres êtres vivants et de la nature que nous défions chaque jour. Nous sommes un élément de ce tout et en méprisant les autres êtres vivants nous nous méprisons nous même, nous détruisons notre humanité et notre planète avec.

Les épidémies du passé furent pour les humains des énigmes, nous étions impuissants, nous n’avions pas la compréhension, la connaissance et les moyens d’y faire face, la médecine ne maitrisait pas les modes de contamination et était impuissante pour traiter les infections.

Les épidémies récentes, H5N1, SRAS, H1N1, H7N9, BSE (la maladie de la vache folle), Ebola d’origine animale sont les conséquences des conditions sanitaires désastreuses des élevages et du trafic d’animaux. Pourtant rien ne change, la consommation d’animaux est la plus élevée de notre l’histoire, 80% des terres agricoles mondiales sont cultivées pour nourrir les animaux destinés à la consommation. Selon la FFPA (Fédération Française de la Protection Animale) dans le monde, 140 millions d’animaux sont dépecés tous les ans pour leur fourrure et 65 milliards d’animaux sont tués pour notre alimentation chaque année.

Aujourd’hui confrontés au covid-19, nous sommes face à nos incohérences.

Malgré nos connaissances, les soignants sont mis en danger, mal protégés, les citoyens n’ont pas les masques nécessaires pour leur protection, ne sont pas dépistés, ce qui aurait permis de limiter les contaminations.

Des hommes et des femmes meurent chaque jour par centaines sans même pouvoir parler à leurs proches et prononcer leurs dernières volontés.

Nous étions fiers de nos progrès, une longévité record en Occident grâce à l’amélioration de nos conditions de vies et aux progrès de la médecine qui s’efforce, assez brillamment il faut l’avouer, de soigner les dégâts que notre alimentation malsaine trop carnée, trop grasse et trop sucrée, cause à notre santé.

Malgré toutes ces avancés scientifiques, technologiques et médicales, nos ordinateurs, nos portables de plus en plus performants, la 4 G et bientôt la 5 G (signalée très dangereuse), les moyens de locomotions de pointe, la conquête de l’espace, les progrès de la psychologie, les découvertes scientifiques toujours plus étonnantes, nous négligeons l’essentiel, nous négligeons l’Humanité au profit de la technologie, nous négligeons notre environnement au profit de notre confort présent, au détriment de la vie, au détriment des autres êtres vivants qui vivent avec nous sur notre planète.

Nous interroger sur la souffrance animale (gratuite ou liée à la production), est-ce bien sérieux pour des humains qui se disent civilisés, dotés de conscience et respectueux de l’éthiqe ?  Comment cette question peut-elle faire l’objet d’autant de discussions et de débats ?

Qui peut cautionner les faits de barbarie filmés dans les abattoirs par L214 ?

Faut-il sérieusement en débattre ? Faut-il s’interroger sur la longueur de la lame, le coup de pistolet en plus ou en moins, l’étourdissement ou pas, la taille aux centimètres carré des cages, la façon dont nous allons tuer les poussins mâles, l’heure à laquelle nous allons voler le petit veau à sa mère le jour de sa naissance, les hormones et les antibiotiques que nous donnerons aux vaches pour qu’elles soient plus performantes et donnent un maximum de lait, les méthodes d’inséminations artificielles, le nombre exact de mutilations que subiront les porcelets (à vif)  pour le confort des éleveurs…d’ailleurs tous ces aménagements ont pour unique objectif de maintenir un confort maximum aux les éleveurs et ne sont absolument pas tournés vers le bien-être animal.

Encore un leurre…

Pourtant, en 2020, la barbarie ne devrait plus être négociable. Cautionner les élevages industriels, les conditions abominables qui en découlent pour les animaux et légitimer l’utilisation d’êtres vivants comme marchandises par goûts culinaires est indigne de notre civilisation. Au-delà des explications tout à fait pertinentes sur les blocages culturels et les barrières psychologiques qui rendent cela possible, notre société ne devrait-elle pas mettre fin à la barbarie uniquement par éthique ? Nous n’avons plus besoin des animaux pour nous vêtir ni pour nous nourrir, la souffrance gratuite peut-elle encore garder sa place dans notre société ?

Pourtant, pour y mettre fin, il faudra une révolution et pour faire cette révolution nous devons, hélas, être au bord du gouffre.

L’épidémie du covid-19 sera-t-elle le couteau sous notre gorge qui vient nous dire « stop » ?

Pas certain, mais ce qui est sûr c’est qu’elle sera l’amorce qui fraie le chemin, car sans respect du vivant, la Nature se rebellera et avortera l’humanité.

Si nous avons besoin des ressources de notre planète, si notre survie dépend des éléments naturels qui la composent, celle-ci n’a pas besoin de nous pour vivre et survivra à la disparition de l’espèce humaine.

Polluer sans scrupule notre planète, la souiller, accepter l’abjecte entreprise d’industrialisation des animaux sans que cela soit une nécessité vitale pour l’humain, c’est violer l’humanité, la déshonorer.

La prochaine révolution sera celle qui redonnera dignité à notre espèce, en repensant nos plaisirs égoïstes, nos habitudes et nos priorités.

 

Karine Dana

 

 

3 thoughts on “La Prochaine révolution

  1. Effectivement, il est temps depuis trop longtemps mais hélas rien ne changera.
    Juste une petite remarque sur le philosophe allemand cité – son nom est Walter Benjamin (prénom Walter, et non l’inverse 🙂

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